La Beauté Du Coeur

 

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La beaut du coeurTELECHARGEZ DIRECTEMENT! (358.72 Ko)













J
ane savait que ce n’était pas une bonne idée d’entrer dans ce lupanar. Mais elle n’avait nulle part où aller et seule Lavinia pouvait l’aider.
Il était encore tôt pour que les hommes qui fréquentent cet endroit n’arrivent. Une femme grande et maigre, vêtue d’une austère robe noire lui ouvrit. Ses cheveux, coiffés en un chignon strict élaboré, lui conférait un air encore plus sévère. Jane frémit lorsqu’elle la regarda des pieds à la tête d’un œil critique, comme pour l’évaluer, avant de faire une grimace.
— Bonjour, je suis venue voir Lavinia.
— J’imagine que tu n’es pas une cliente
— Non, je suis son amie.
— Passe par la cour.
Elle lui ferma la porte au nez et Jane fit le tour de la grande maison.
— Lavinia!  Hurlait la femme quand elle entra dans une cuisine vétuste.
— Qu’est-ce qui se passe?
Elle reconnut sans peine son amie d’enfance sur le perron, même si sa robe rouge était extrêmement cintrée avec un décolleté outrageusement révélateur.
— Mon Dieu! Jane!
Elle dévala les escaliers avec l’intention de la prendre dans ses bras. Mais la femme qui l’avait accueillie se posta entre elles.
— Ne salis pas ta robe inutilement.  Gronda-t-elle.
Jane serra la mâchoire pour ne pas riposter. Elle avait passé plusieurs jours dans la rue après avoir été jetée dehors. Mais elle essayait de garder un semblant d’hygiène grâce aux cabinets que l’Eglise mettait à disposition des plus démunis. Lavinia ne sembla pas affectée par cette remarque et luiadressa le sourire amical qu’elle lui connaissait.
— C’est mon amie et je voudrais la saluer.
— Fais-la montrer dans ta chambre. Je ne veux pas qu’un client la voie.
Lavinia lui tendit la main et Jane la saisit sans hésitation.
Elles passèrent devant d’autres filles en montant et la jeune femme remarqua les regards que certaines jetaient à Lavinia.
— Ne fais pas attention à elles, elles sont jalouses parce que je vais bientôt partir.
Lavinia ferma la porte d’une petite chambre.  Assieds-toi et dis-moi ce qui t‘amène ici.
Jane soupira en s’installant sur le lit de son amie. Elles ne s’étaient pas revues depuis presque deux ans et Lavinia avait beaucoup changé.
— Michelle est malade.
Lavinia s’affala près d’elle.
— C’est grave.
— J’en ai bien peur. Le médecin que nous consultions l’aidait beaucoup et lui donnait des médicaments pour alléger la douleur... mais nous n’avons plus d’argent pour le payer.
— Et ton travail?
— La famille pour laquelle je travaillais m’a renvoyé en m‘accusant injustement de vol. Je te jure que je ne leur ai rien volé!
— Je te crois, jamais tu n’aurais risqué de perdre ce travail.
— Je gagnais peu mais je pouvais au moins subvenir à nos besoins. Ils m’ont traité comme si je n’étais qu‘un tas d’ordure! Je ne me suis pas laissé faire mais...  Jane serra les poings, elle ne
s’était jamais sentie aussi rabaissée que lorsqu‘ils l‘avaient renvoyée de son poste. Du coup, je n’ai pas pu régler mon loyer et le propriétaire m’a jeté dehors.
— Oh... Ma pauvre... Comment as-tu fait?
— Je me suis débrouillée. Michelle est au dispensaire de l‘Eglise. Mais les soins sont insuffisants, c‘est pour ça que je suis ici.
Lavinia se crispa.
 — Tu veux travailler dans un bordel.
 — Tu l’as bien fait, non?
— Ce n’est pas pareil! En plus, je vais m’en aller bientôt. J’ai un mécène qui paie mes dettes car il veut devenir mon protecteur.
 — Oh... C’est merveilleux.  Fit Jane, même si elle n’avait pas tout compris.
 — Oui, j’ai beaucoup de chance mais ce n’est pas le cas de toutes les filles. Jane, j’ignore si tu te rends compte de ce que cela impliquerait de rester ici.
— Mon corps est la seule chose que je peux vendre. Je dois aider Michelle! Je veux avoir un toit sur ma tête...
 — Tu sais ce qu’elle a pensé lorsque je me suis retrouvée ici?  La coupa Lavinia.
Jane n’eut d‘autre choix que d’acquiescer.
— Pourquoi vas-tu à l’encontre de sa volonté?
— Parce qu’elle croit que je vais trouver un prince charmant qui nous sortirait de la misère! Mais nous savons bien que cela n’arrivera jamais. Je ne veux plus qu‘elle souffre.
 — Alors tu te sacrifies pour elle?
Elle avait mûrement réfléchi avant de se rendre dans cette maison close. Et elle avait décidé que ce
serait la meilleure chose à faire.
 — Sans hésitation. Je ne trouverai aucun travail en tant que domestique maintenant que l’on m’a accusé d’être une voleuse... Je n’ai nulle part où aller Lavinia, tu es mon seul recours...
Lavinia prit une profonde respiration.
 — Nous ne percevons qu’une partie de ce que le client paie, par contre nous pouvons garder les cadeaux qu’ils nous font. J’aurais des boucles d’oreilles en saphir que tu pourrais vendre...
 — Lavinia, je ne peux pas accepter. Imagine qu’on m’accuse encore de vol! Je pourrais me retrouver au bagne! Il me faut de l’argent et le seul moyen d’en trouver le plus vite possible, tu sais que ce serait en travaillant ici.
Lavinia soupira.
— Attends-moi, je vais aller chercher la gérante de l’établissement. Nous l’appelons toutes Madame et tu verras comment elle nous traite. Si après ça tu veux encore rester, je n’y pourrai rien.
Jane serrait les poings, son cœur battait la chamade et elle espérait vraiment qu’elle serait à la hauteur. Même si elle craignait le revers de la médaille. Elle ne se sentait pas prête à avoir des relations avec un homme... Pourtant, si elle devenait une prostituée, ce serait inéluctable.
Elle se redressa brusquement lorsque la porte s’ouvrit sur Lavinia et une femme opulente, vêtue
d’une robe noire raffinée, qui dévisagea Jane d’un visage inexpressif.
 — Quel âge as-tu?  Demanda-t-elle tout en avançant vers Jane.
  — 19 ans.
  — Es -tu encore vierge?
Jane eut du mal à déglutir.
  — Oui.
  — Je pourrai certainement en tirer quelque chose.  Elle tournait autour de Jane, celle-ci se tendit comme un arc, puis Madame s’arrêta devant elle et en la regardant dans les yeux lui ordonna:
  — Enlève cette robe.
Jane ne put s’empêcher de jeter un regard affolé en direction de Lavinia.
  — Madame...  Protesta son amie.
  — Tu n’es pas encore sortie de cette maison. Tu as peut-être des privilèges mais c’est moi qui commande. Quant à toi, petite trainée, si tu veux travailler ici, enlève ces haillons.
Jane réfléchit. Si elle quittait cet établissement, elle se ferait peut être violentée dans la rue avant de mourir de faim ou de froid. Michelle agoniserait avant de mourir dans la solitude la plus totale. Or,
elle ne pouvait laisser une chose pareille se produire. Au point où elle était arrivée, elle ne pouvait plus reculer.
Elle déboutonna son corsage d’une main tremblante mais déterminée avant de l’enlever. Elle se pencha ensuite pour faire descendre ses jupons avant de se redresser. Elle était nue sous l’œil
critique de Madame alors que Lavinia avait détourné les yeux, comme écœurée.
  —  Tourne-toi.
Elle eut l’impression d’être un animal de foire, mais obéit.
  — Assieds-toi et écarte les jambes. Je dois vérifier que tu es encore intacte.
  — Non. Ça suffit.  Intervint Lavinia.
La maquerelle la fusilla du regard.
  — Madame, je vous en conjure, c’est la personne la plus innocente que je connaisse. Laissez-la assister au moins à une session avant de la présenter.
  — Non, je veux l’exposer dès ce soir. Une vierge attire toujours nos clients et tu le sais bien, Lavinia.
  — Certes madame, mais laissez donc planer le mystère pour cette nuit. Si elle attire l’attention, cela ne fera que monter les enchères.
Jane avait croisé les bras sur sa poitrine et scrutait le visage impénétrable de la patronne.
  — Ce n’est pas une mauvaise idée. Lavinia, assures-toi d’enlever toute cette crasse sur
elle et de l’habiller convenablement. Demain, j’appellerai le docteur Martin pour qu’il vienne
s’assurer de son état de santé et de sa pureté par la même occasion. Je la veux au salon à 19 heures.

Jane entendit la porte se fermer avant de lever la tête.
  — Oh... Pauvre chérie...
Lavinia s’approcha et la couvrit d’un peignoir de soie. Le tissu frais fit tressaillir Jane. Quelques
larmes l’avaient trahie et son amie les essuya.
  — Ce n’est pas quelque chose pour toi.  
Maintenant qu’elle avait ressenti l’humiliation d’être exposée comme du bétail, elle comprenait
qu’elle avait surestimée son courage.
  — Il est trop tard, maintenant.
Elle avait la gorge nouée par l’émotion.
  — Non. Je suis passée par là moi aussi et il est hors de question que je te laisse endurer cela.
Jane eut un vague espoir...
  — Ce soir, John doit venir, je lui demanderais un peu d’argent que je te donnerai pour que tu puisses aider Michelle. Demain, je t’aiderai à t’en aller de cette maison sans que personne ne te voie. Dans moins d’une semaine, je pars vivre chez lui, je te promets de t’emmener avec moi.  Dit Lavinia
avec conviction.
Jane fut touchée par son intention.
  — Pourquoi ferais-tu cela?
  — Parce que Michelle et toi avez fait beaucoup pour moi. Tu te souviens de la nuit où je me suis
réfugiée chez vous pour fuir mon père ? Et lorsque j’ai attrapé cette pneumonie? J’avais cru mourir
et tu t’es rendue à pied sous une pluie battante pour me trouver un médecin. Courant le risque
d’attraper Dieu seul sait quelle autre maladie! Jane, je t’aime comme une sœur et je ferais tout ce
que je peux pour te préserver. Mais pour ce soir, tu devras venir au salon puisqu’on t‘empêchera de partir.
  — Qu’est-ce que je vais devoir faire?
  — Rien, ne t’inquiète pas. Tu resteras dans le salon où se trouvent toutes les filles. Les clients y choisissent celles avec qui ils veulent passer leur nuit.
  — Et s’ils me choisissent?  Demanda-t-elle, redoutant la réponse.
  — Madame sera satisfaite, mais dira que tu n’as pas encore de prix.
  — Donc, ils ne pourront rien me faire?
  — Non.
Jane ne se sentit pas rassurée pour autant.
Lavinia quitta sa magnifique toilette pour venir l’aider à se baigner, puis lui prêta une très belle
robe. La couleur nacre presque orangée lui allait très bien mais le luxe de l’étoffe la fit froncer les
sourcils.
  — C’est trop...
  — Elle te va bien. Le décolleté n’est pas trop profond et les manches sont assez longues. Rien à voir avec une tenue de prostituée. Tu es très élégante.
Lavinia avait le cœur gros, elles avaient grandi ensemble et avaient malheureusement le même
destin. Elle espérait vraiment qu’elle pourrait protéger sa plus chère amie et que Jane n’aurait pas à
vivre dans cette maison close.
A dix-neuf heures précises, elles entrèrent dans le grand salon de la maison de Madame.
L’atmosphère qui y régnait était à l’opposé de la chambre sombre et modeste de Lavinia. Les
couleurs chaudes et le luxe des tapis donnèrent l’impression à Jane de se trouver ailleurs. Mais les
trente-cinq filles qui y travaillaient toutes les nuits lui fit prendre conscience qu’elle se trouvait bel et bien dans un bordel. Elles se tenaient toutes dans des poses lascives, assises dans les luxueux fauteuils, allongées sur des chaises longues... Même debout, elles gardaient une sensualité épatante. Une d’entre elles, une brune, avança vers Lavinia et Jane, d’une démarche suggestive et d’un sourire aguicheur. Jane réalisa qu’elle n’arriverait jamais à faire preuve d’autant d’assurance et de sensualité.
  — Lavinia, tu ne nous présentes pas ton amie?
  — Elle s’appelle Jane.
  — Bonsoir Jane, je m’appelle Clarisse, mais les habitués me surnomment Amour.
Jane hocha la tête, ne trouvant absolument rien à répondre.
  — Moi, c’est Tendresse.  Lui dit une jeune femme à la peau noire et aux yeux d’un vert impressionnant.
  — Et moi Maîtresse.  S’enquit une blonde à la voix grave. Jane fronça les sourcils en la regardant,
sa tenue l’intrigua. Elle portait une longue toge noire qui lui collait comme une seconde peau. Maîtresse lui tendit une coupe de vin rouge.
  — Tu as soif?
  — Non merci.  
  — Bois, tu en auras besoin.  L’encouragea une petite brune aux cheveux bouclés.
Jane secoua la tête, refusant le verre d’alcool et la petite brune le prit et le vida d’un trait.
  — Tant pis pour toi. Au fait, moi c’est Etincelle.
  — Pourquoi?  Demanda Jane sans parvenir à dissimiler sa curiosité.
  — Parce que je fais voir des étincelles aux clients!  S’exclama-t-elle.
La jeune femme était réellement enjouée, aussi, Jane ne parvenait pas à comprendre comment elle
était arrivée là.
  — Toi aussi tu as un surnom?  Demanda-t-elle à Lavinia.
  — Fidèle car je ne sers qu‘un seul client.
  — Son John adoré...  Dit Clarisse, affichant un sourire narquois.
  — Bienvenue.  Lui souhaita Maitresse.
  — Merci. Mais je ne compte pas rester.
Etincelle et Maitresse échangèrent un sourire complice.
  — Chérie, quand tu as mis un pied dans cette maison, tu n’en ressors plus.  Lui dit Maîtresse.
  — Ne t’inquiète pas. Tu vas te plaire parmi nous.  Susurra Etincelle.
La porte s’ouvrit à nouveau, laissant passer trois hommes approchant de la cinquantaine aux ventres
bedonnants et aux regards pervers. Jane recula instantanément, résistant à l’envie de se cacher
derrière les rideaux. Elle devait être forte bon sang ! Après tout, personne ne l’avait forcée à venir
dans cet endroit.
Les trois hommes déambulèrent dans le salon sous le regard de Madame. L’un d’eux s’arrêta devant
Tendresse et cette dernière, assise dans un fauteuil, écarta insolemment les jambes, tout en fixant
l’homme. Il eut un sourire et lui tendit la main. Tendresse l’attrapa et le suivit jusqu’à Madame qui
leur tendit une clé.
  — La chambre exotique. Vous avez deux heures.  
Un autre homme sortit avec deux blondes qui portaient la même tenue translucide et le dernier s’en
alla avec une brune qui le dépassait d’au moins deux têtes.
Jane poussa un soupir de soulagement. Lavinia lui caressa les épaules.
  — De quoi as-tu peur Jane ? Ce soir tu n’iras nulle part.
  — C’est juste que c’est tellement...  En vérité, elle ne trouvait même pas de mots pour décrire ce qu’elle ressentait.
  — Effrayant?  Clarisse lui sourit.  Chérie, ce n‘est rien par rapport à la première expérience
sexuelle...
  — Clarisse!  La coupa Lavinia.
  — Il vaut mieux qu’elle soit au courant tout de suite. Certains hommes peuvent être tellement
égoïstes...
Jane détourna les yeux.
  — Comment avez-vous fait pour arriver ici?  Ne put-elle s’empêcher de demander.
Clarisse sourit et prit le verre d’Etincelle.
  — Hey!  Protesta-t-elle.
Après avoir tout avalé elle le lui rendit.
  — Je n’aime pas parler du passé.  Se justifia t-elle.
  — J’ai un fils.  Lui apprit brusquement Maitresse. Jane écarquilla les yeux.
  — Il a huit ans, c’est un grand garçon. Il vit chez mes parents et je leur envoie de l’argent toutes les
semaines.
  — Moi aussi j’ai un bébé.  S’enquit Etincelle.  Il a trois ans et c’est un vrai petit ange.
Jane comprit parfaitement les raisons qui les avaient poussées à entrer dans cette maison close. Etre
mère sans être mariée était très mal vu et elles n’avaient dû trouver aucun travail ailleurs.
  — Et toi Amour?  
Elle eut un sourire.
  — Mon père me violait, ma mère m’a prise pour une putain et m’a reniée.
  — Oh... C’est horrible...
  — Non, je plaisante.  Dit-elle.  J’aime prendre du plaisir et c’est encore mieux lorsqu’on est payé
pour ça!
Jane hocha la tête, elle savait qu’elle faisait de l’ironie pour dissimuler sa tristesse. Elles avaient
toutes de bonnes raisons d’être ici... Le besoin d’argent, d’avoir un endroit où dormir, le fait de
n’avoir rien d’autre dehors.
La porte s’ouvrit et Madame entra.
  — Eteignez les candélabres.  Ordonna-t-elle.
Les filles obéirent tout de suite et bientôt, seules les lumières du lustre subsistèrent. Le salon était
plongé dans l’obscurité et Jane s’approcha de Lavinia qui lui serra la main.
  — Est-ce habituel?
  — Non, c’est plutôt étrange.  Chuchota-t-elle.
  — Vous pouvez entrer Milord.
  — Je me demande comment il va nous voir avec si peu de lumière.  Marmonna Etincelle.
  — Peut-être qu’il ne veut pas qu’on le voit.  Dit Jane, regardant la grande silhouette entrer.
  — Il porte une cape?  Demanda Clarisse, d‘une voix amusée.
Jane fronça les sourcils, pourquoi cet homme prenait-il autant de précaution, que cachait-il?
Jane se sentait attirée... Elle crut percevoir la lueur bleutée des yeux de cet homme et Lavinia serra
sa main plus fortement lorsqu‘elle esquissa un geste vers lui.
  — Je la veux.  Ordonna-t-il. Sa voix rauque et glaciale la fit tressaillir. Son cœur manqua un
battement en réalisant soudain qu’il parlait d’elle.
  — Je ne vois pas bien de qui vous parlez...  Dit Madame. Elle tenait l’unique candélabre allumé
et s’avança vers elles.
  — Est-ce de Lucie?  Demanda-t-elle, éclairant la fille qui se trouvait devant Lavinia.
  — Non. Je veux l’unique vierge qui se trouve dans cette pièce.
Lavinia sursauta et passa un bras autour de Jane. Comment pouvait-il savoir?
  — Eh bien, elle n’a pas encore de prix...
  — Je paierai ce que vous voulez, mais je la veux ce soir.
Madame éclaira Jane et celle-ci garda la tête haute. Ce qu’elle craignait le plus venait de se réaliser
et elle ne pouvait pas refuser.
  — Non!  S’enquit Lavinia.
  — Tais-toi.  Gronda Madame.
Jane regarda son amie, résignée.
  — Tout ira bien. Dit-elle, essayant de lui sourire.
  — Mais...
  — Je survivrai. Et n’oublies pas notre plan.
Lavinia acquiesça et la laissa partir à regret.
Son client était déjà sorti et Madame déposa le candélabre avant de faire signe aux filles qu’elles pouvaient rallumer les chandelles. Quatre autres clients patientaient.
  — Entrez Messieurs et faites votre choix. Je reviens tout de suite.  
Un frisson parcouru l’échine de Jane en voyant l’un des hommes l’observer avec un intérêt évident.
Elle détourna vivement les yeux et se focalisa sur Madame.
  — Je n’aurais jamais cru que tu me rapporterais autant. Ton client est un homme extrêmement
Fortuné, lui apprit-elle en lui adressant un sourire orgueilleux.  Il veut que tu l’accompagnes dans son château.
Jane s’arrêta brusquement.
  — Mais je croyais que ça se passerait dans une de vos chambres...
  — Non. C’est un client spécial, il mérite un traitement de faveur.
Jane déglutit, puis demanda ce qui lui importait le plus:
  — Comment... Comment me payerez-vous?
  — À ton retour, tu auras ta commission. Tu seras libre de partir si tu le souhaites, mais saches que je
t’accueillerai avec plaisir.
Madame lui sourit avant de s’arrêter devant les portes de son bureau. Elle demanda à la femme
austère qui avait accueillie Jane plus tôt de la surveiller.
La femme l’observa sans dire un mot, son seul regard suffisant à glacer le sang de Jane. Le silence
qui régnait était inquiétant et ne faisait qu’accroitre la nervosité de la jeune femme. Elle sursauta
lorsque les portes s’ouvrirent et résista à l’envie de fuir en voyant Madame sortir avec un sourire
satisfait.
  — Jane est prête à vous suivre, Milord.
Cette dernière recula contre le mur quand l’immense ombre noire se dressa devant elle. La capuche
de sa cape recouvrait entièrement son visage et Jane eut l’impression qu’il flottait tel un spectre.
  — Venez.
Elle refoula ses larmes et obéit. Elle ignorait pourquoi mais elle se sentait incapable de fuir, il lui
était impossible de faire autre chose que de marcher derrière lui. Même si elle était persuadée
qu’elle se dirigeait vers une mort certaine.
Les secousses du fiacre dans lequel ils se trouvaient la tinrent éveillée tout au long du chemin. Elle
sentait son regard sur elle, ses yeux la parcourraient inlassablement et elle était décontenancée.
  — Pourriez-vous cesser de m’observer ainsi, Milord.  Dit-elle froidement.
  — Vous pouvez m‘appeler Clayton.  Déclara-t-il d’une voix profonde et grave qui la fit frémir.
  — Pourquoi teniez-vous à m’amener dans votre château ?
  — C’est l’endroit où je me sens le plus à mon aise.
  — Avez-vous songé que ce ne serait pas mon cas?  Fit-elle, imaginant déjà que la réponse serait
négative. Clarisse l’avait bien dit, certains hommes étaient très égoïstes.
  — Je suis certain que vous saurez très bien vous adapter, Jane.
Elle serra les poings en l’entendant prononcer son prénom. Il l’avait prononcé tendrement et elle eut l’impression qu’il la caressait.
Le fiacre tourna violemment et leurs genoux se frôlèrent. Ella faillit être projetée sur lui, mais il la
maintint fermement sur son siège. Ses mains chaudes brulèrent sa peau et elle se cramponna à son siège pour rester à sa place.
  — Tout va bien?
Elle hocha la tête.
  — Pourquoi vous cachez-vous sous cette capuche?  Demanda-t-elle avec curiosité, le prenant au dépourvu. Il s’éloigna soudainement d’elle et émit un grognement.
  —  Qu’est-ce qui vous a poussé à vous rendre dans une maison close ?
  — Cela ne vous regarde absolument pas!
  — Dans ce cas, je ne répondrais à aucune de vos questions.
  — Mais ce n’est pas la même chose, Clayton!
Il sourit sans qu’elle ne s’en aperçoive, ravi d’entendre son prénom prononcé par sa douce voix.
  — Vous allez prendre ce que j’ai de plus précieux et vous refusez que je vous voie.
  — Je ne le refuse pas, Jane. Ce n’est juste ni l’endroit ni le moment.
  — Pourquoi? Vous craignez que je sorte de ce fiacre et Que je me mette à hurler au loup?
Elle était très perspicace, mais Clayton se garda bien de le lui dire. Il préféra garder un silence de
plomb et la regarder sous toutes les coutures.
Leurs genoux se frôlèrent à nouveau et Jane se crispa davantage sur son siège. Comment trouverait-elle la force de s’offrir à lui si un simple effleurement la mettait dans cet état de panique ? Être confinée dans un si petit espace avec un homme qui venait de l’acheter l’angoissait et lui faisait craindre le pire.
Jane pensa à Michelle, elle l’avait élevée et lui avait donné tant d’amour... Elle devait faire tout ce
qui lui était possible pour aider sa tante.
Essayant d’étouffer ses tremblements, elle ne se douta pas que Clayton percevait sa frayeur.
Il entendait clairement les battements erratiques de son petit cœur et le rythme de sa respiration
saccadée. Il avait l’impression d’écouter une mélodie exceptionnelle mêlée à un arôme unique.
C’était en passant près de l’Eglise qu’il avait senti les effluves de son parfum subtil de vierge
innocente. Il avait demandé à son cocher de s’arrêter pour pouvoir flairer seul son odeur. Lorsqu’il
s’était arrêté devant la porte de cette maison close, il avait compris que c’était celle qu’il attendait.
Seule une Vierge Insolente pouvait briser la malédiction qui le retenait prisonnier de l’obscurité.
Une âme pure et perverse, une jeune femme qui lui avait vendu sa virginité. Jane.
Mais accepterait-elle de lui donner son être, de s’offrir à lui corps et âme ? Clayton observa sa fine
silhouette, sa gorge à la blancheur laiteuse, ses lèvres sensuelles ses yeux marrons qui le fuyaient.
Jane était ravissante. Rien dans sa tenue ne faisait penser à une prostituée. Peut-être parce que ce
n’était pas encore le cas.
Il se demanda ce qui adviendrait d’elle lorsqu’il serait sauvé. La laisserait-il retourner à sa vie
misérable ou... envisagerait-il de se lier à elle ?
Il soupira. Si une jeune femme aussi belle l’acceptait tel qu’il était, alors il se devait de la chérir et
de l’honorer.
La nervosité de Jane augmenta d’un cran au moment où ils arrivèrent chez lui. Il sortit le premier et
elle nota la souplesse de ses mouvements. Il lui tendit la main pour l’aider et elle hésita à la prendre.
Leurs paumes entrèrent en contact et il noua ses doigts aux siens. Jane fronça les sourcils en sentant
leur texture calleuse. Elle regarda sa main et se dégagea en découvrant des griffes tranchantes qui
l’agrippaient. Elle faillit tomber et il l’attrapa. Ses bras entourèrent ses reins et leurs corps se
pressèrent l’un contre l’autre. Il la garda contre lui quand les pieds de Jane foulèrent l’herbe
humide, se délectant de sa chaleur et de la sensation de bien-être qu’elle créait en lui. Jane mourrait
d’envie de lever la tête, elle était si proche de lui qu’elle pourrait sans doute voir son visage. Mais
elle ne trouva pas le courage de le faire et il s’éloigna aussi rapidement qu’ils s’étaient touchés.
Comme s’il s’était brulé. Elle avait du mal à comprendre ce qui venait de se passer... Elle avait eu
peur de lui, pourtant elle s’était sentie à l’aise contre son torse ferme et dans ses bras puissants.
  — Entrons.  Dit-il.
Jane le suivit, mettant une certaine distance entre eux.
  — Ce château a été bâti par mon père et j’espère que vous l‘apprécierez autant que moi.
  — Pourquoi ? Je ne reste que ce soir.
Il ne lui répondit pas, se contenant de monter les marches de son escalier. Les grandes portes s’ouvrirent dans un grincement inquiétant et Jane vit un homme assez âgé leur adresser un sourire bienveillant.
  — Bonsoir Milord. Je suis heureux de vous voir enfin accompagné.  Dit-il.
Ils entrèrent et Jane fut surprise par la révérence que le vieil homme lui adressa.
  — Miss, soyez la bienvenue.
Elle hocha la tête et ne trouva rien à lui répondre. Si seulement il savait qu’elle ne voulait pas se trouver là.
  — Avez-vous dîné?  Leur demanda-t-il.
  — Non. Que voulez-vous manger, Jane?  Lui demanda Clayton sans la regarder.
  — Rien. Je n’ai pas faim.
Il l’évalua un instant et finit par dire:
  — Louis, nous allons monter directement dans ma chambre, je ne souhaite pas être dérangé.
Le vieil homme leur sourit.
  — Bien.
Jane se mordit la lèvre en réalisant que personne ne viendrait l’aider. Tous obéissaient au spectre qui l’avait achetée et elle-même ne pouvait faire autrement.
Elle le suivit jusqu’à sa chambre et pénétra avec lui dans une vaste pièce au décor chaleureux. Elle
fut surprise par un tel changement. L’intérieur du château lui avait semblé aussi obscur et lugubre
que son propriétaire mais maintenant qu’elle voyait la pièce ou ce dernier dormait, elle eut l’impression de se trouver chez quelqu‘un d‘autre.
  — Êtes-vous sûre de ne rien vouloir manger?
  — Oui.
  — Alors, buvez quelque chose...
  — Arrêtez de vous montrer courtois avec moi, Clayton.
Ce dernier sourit en l’entendant prononcer son prénom à voix haute. Il appréciait ce caractère revêche qui trahissait son angoisse croissante.
  — Pourquoi ?
  — Parce que ça n’a pas de sens. Dites-moi plutôt ce que vous attendez de moi.
Clayton soupira, sachant pertinemment qu’elle serait effrayée s’il lui disait la vérité.
  — Je sens que vous avez beaucoup de questions à me poser, Jane. Allez-y, faites-le sans crainte. Je vous promets d’y répondre avec sincérité.
Elle s’approcha de la cheminée, désarçonnée par sa façon d’agir.
  — Pourquoi m’avoir choisi? Comment saviez-vous que j’étais vierge? Et pourquoi diable vous
cachez-vous ainsi?
  — Eh bien, je me cache car je sais que ce que je suis devenu ne plaira pas à vos yeux. Je suis
hideux, Jane, et cette laideur vient d’une malédiction que vous seule pourrez briser.
Jane n’en crut pas ses oreilles.
  — Quoi?
  — J’ai suivi votre odeur depuis l’Eglise jusqu’au Lupanar. Vous m’avez attiré comme un aimant et je n’ai pu résister au besoin de vous posséder.
  — Mais qu’est-ce que vous racontez?
Jane ne croyait pas une seconde au surnaturel. Sa tante Michelle affectionnait les contes de fées ou
les histoires de sorcières et de créatures de toutes sortes. Mais pas elle.
Pourtant, elle avait bien vu les griffes de cet homme... Et que dire de ses yeux dont la lueur bleue luisait.
  — Je réponds à vos questions, Jane.
  — Ce ne sont pas les réponses que j’attends.  Avoua-t-elle.
  — C’est la stricte vérité.
  — Alors pourquoi ai-je autant de mal à vous croire?
  — Peut-être que vous y croyez mais ne parvenez tout simplement pas à l’admettre.
Jane fronça les sourcils.
  —  Montrez-moi votre visage.  Ordonna-t-elle.
  — Je ne suis pas sûr que vous soyez prête...
Jane avança d’un pas déterminé vers lui.
  — Vous avez acheté ma virginité, je veux savoir à qui je vais donner mon corps.
Clayton attendit patiemment qu’elle enlève la capuche. Il écouta son cœur battre plus vite au moment où elle posa ses petites mains sur le tissu rêche de sa capuche. Il huma à nouveau son odeur et sentit un frisson lui parcourir l’échine tant leur proximité le troublait. Sa réaction ne le surprit pas. Elle recula le plus vite possible de lui, le souffle coupé, les yeux écarquillés, elle posa une main tremblotante sur sa bouche.
  — Vous êtes...
  — Monstrueux. Je sais. Inutile de me le faire remarquer par des mots blessants.
Clayton remit la capuche et lui tourna le dos.
  — Vous me croyez maintenant?  
  — Qu’est que... Comment est-ce arrivé?
Il soupira.
  — C’est une bien veille histoire. Mes frères d’arme et moi étions bien trop vaniteux. J’étais le plus égoïste, imbu de ma personne, et un jour, tout s’est retourné contre nous.  
Il ferma les yeux, il n’arrivait même plus à revoir son visage tel qu’il avait été autrefois. Il se
souvenait juste qu’il avait été un homme très courtisé à qui tout souriait et qui aimait se jouer des
femmes. Avec ses frères, ils se croyaient invincibles. Ils avaient tout gagné et au lieu de choisir une retraite simple et tranquille, ils avaient cherché à acquérir encore plus de pouvoir.
Ils étaient sortis victorieux de leur dernière bataille, mais une sorcière les avaient tendu une embuscade, il avait vu tous ses frères mourir dans d’atroce conditions. Dorian, son ami le plus proche avait réussi à l’extraire in extremis des flammes ardentes de l’effroyable sorcière. Mais elle les avait maudits, les condamnant à la solitude. La seule personne qui pouvait rompre cette malédiction pour leur offrir une nouvelle vie serait leur moitié. Mais la sorcière s’était arrangée pour rendre cette quête impossible. Dorian et lui étaient devenus de véritables monstres, des êtres qu’on ne pouvait pas aimer. Depuis, ils s’étaient séparés, chacun rongé par une profonde solitude et Clayton avait choisi de se terrer dans son château, sur ce domaine isolé et abandonné. La seule personne qui connaissait son visage était Louis, son fidèle majordome.
Il s’était habitué à la solitude et à l’obscurité. Sa chambre était le dernier vestige de sa vie passée.
  — Qui vous a fait ça?
  — Une sorcière, lui sourit-il.  Je ne croyais pas à leur existence avant de me réveiller avec ce visage difforme... Seule une insolente vierge à l’âme pure et perverse pourra me sauver en s’offrant volontairement à moi.

Jane posa une main tremblante sur ses lèvres. Comment parviendrait-elle à aider un homme aussi repoussant?
Clayton se tourna légèrement vers elle et Jane eut un mouvement de recul. Il soupira, déçu et
honteux.
  — Je vous ai achetée, certes, mais je ne peux me résoudre à vous toucher sans votre consentement.
Elle était dépassée par les évènements. Jamais elle n’aurait cru que cette nuit se déroulerait ainsi.
Elle avait redouté le moment où ils seraient seuls dans sa chambre et pas une fois n’avait songé que
cela se déroulerait d’une telle manière.
  — Partez si vous ne supportez pas l’idée d’être touchée par moi.
Elle ne réfléchit pas un instant de plus et sortit de la chambre. Son instinct lui criait d’aider cet homme, mais la raison lui dictait de fuir. Agrippant le bas de sa robe, elle courut dans les escaliers, poussa la lourde porte de l’entrée et sortit sous la pleine lune.
Son cœur tambourinait contre sa poitrine quand elle s’arrêta près d’un arbre, à bout de souffle. Elle s’affala contre le tronc rugueux et passa une main lasse sur son visage.
Où irait-elle? Elle était loin de la ville et personne n’accepterait de l’aider.
Un vent frais la fit frissonner. Elle avait commis tant d’erreur, la première avait été d’entrer dans la maison close et la seconde d’accepter de suivre cet… Homme uniquement pour l’argent.
Mais Dieu seul savait à quel point elle en avait désespérément besoin !
Pourquoi fuyait-elle, au juste? Cet homme n’avait menacé ni de la tuer ni de la dévorer... Il lui
avait juste demandé son aide. Mais Jane n’était pas sûre d’être à la hauteur.
Son visage était plus proche de celui d’un animal que celui d’un homme. Pourtant, ses yeux bleus
conservaient toute leur humanité et sa voix calme et rauque était ensorcelante. Il s’était montré doux et avenant, n’avait fait preuve d’aucune violence envers elle…
Si elle pouvait vraiment l’aider... Alors pourquoi ne le ferait-elle pas?
Après tout, il l’avait bien traitée, il s’était montré distant mais bien élevé. De toute façon, si elle s’en allait elle pourrait dire adieu à l’argent et ne pouvait se résoudre à abandonner sa pauvre tante à son triste sort.
Elle revit soudain les yeux remplis de tristesses de Clayton. Elle n’imaginait pas la souffrance qu’il devait endurer, à vivre caché du regard des autres, d’être toujours repoussé…
Sa réaction avait été égoïste et lâche. Elle avait rejeté une personne qui avait besoin d’elle.
Jane se releva et rebroussa chemin. Elle marchait à pas mesurés, prenant le temps de mettre de
l’ordre dans ses idées.
Il n’allait pas lui prendre sa virginité, elle voulait la lui donner. Peu importe ce qui adviendrait, elle
aurait la satisfaction d’avoir pu l‘aider.
  — Miss, voulez-vous que je fasse apprêter une voiture pour vous?
Elle sursauta en entendant Louis lui poser cette question lorsqu’elle entra à nouveau dans le
château.
  — Non, je compte rester.  Lui sourit-elle au moment où un bruit sourd raisonna entre les murs.
  — Seigneur!  S’exclama Jane.
La peur, sentiment qu’elle avait ressenti sous toutes ses formes cette nuit-là, lui noua l’estomac.
  — Milord.  Dit Louis d’une voix qui laissait percer son affolement.
Il grimpa bien plus vite qu’elle. Lorsqu’elle entra dans la chambre de Clayton, elle découvrit les
verres brisés qui gisaient sur le sol. Le feu avait redoublé d’intensité car il avait jeté sa cape noire
dans l’âtre. Les flammes consumaient le tissu noir et Jane chercha Clayton des yeux.
Il était debout sur la balustrade de son balcon, défiant les lois de l‘apesanteur.
  — Milord, mais que faites-vous?  Lui demanda calmement Louis.
  — J’admire la vue. Elle n’a jamais été aussi belle.
Le chagrin qu’elle percevait dans la voix de Clayton émut Jane. Elle s’approcha silencieusement d’eux.
  — Vous avez raison, Milord. Toutefois, il serait plus raisonnable de descendre.
  — Je suis fatigué de vivre seul, il me serait si facile de partir loin de cette vie misérable...
  — Ne fais pas ça, Clayton!  S’exclama Jane.
Il tourna la tête vers elle et la regarda, étonné.
  — Je te croyais partie.
  — Non, je… J’avais juste besoin de prendre l’air.
Sous la lumière de la lune, Jane le trouva plus...beau. Son visage ne lui semblait plus aussi hideux
qu’au départ, d’autant plus que ses yeux bleus brillaient d’un éclat nouveau. Elle vit ses lèvres se
retrousser et se demanda s‘il s‘agissait d‘un sourire.
Ses yeux se plissèrent et elle ne douta plus, il s’agissait du plus merveilleux sourire qu’elle eut
jamais vu. Touchée dans son âme par tant de beauté, elle lui tendit la main.
  — Viens, Clayton.  
Il regarda un instant sa main, semblant hésiter à la prendre avant de l’attraper. Il descendit d’un bond et se trouva devant elle. Il la dominait de toute sa taille et Jane se plongea son regard dans le sien. Elle lui sourit à son tour et il ne put s’empêcher de toucher ses lèvres du bout des doigts. Ses griffes frôlèrent sa peau et Jane tressaillit. La peur avait disparu et une autre émotion s’emparait de ses sens.
  — Jane, es-tu sûre de toi?
  — Comme je ne l‘ai jamais été.  Murmura-t-elle.
  — Bien, je vais disposer si vous n’avez pas besoin de moi, Milord.
  — Merci, Louis.
Clayton ne vit même pas le domestique s’en aller. Il était captivé par la peau soyeuse de Jane. Il
craignait de l’érafler et de lui faire mal.
  — Je suis désolée d’avoir agi comme ça.
Il secoua la tête, mettant une mèche de ses cheveux cuivrés de Jane derrière son oreille.
  — C’était normal.
  — Non... Je t’ai fait souffrir.
Elle posa sa petite main sur sa poitrine, à l’endroit où son cœur battait pour elle.
  — Ta présence avec moi en cet instant est le plus important.
Elle se mordit la lèvre puis fit ce que personne n’avait fait depuis dix longues années. Elle toucha son visage.
Clayton ferma les yeux. Elle caressa tendrement ses paupières clauses, son nez, ses joues, ses lèvres... Ses mouvements étaient délicats, aussi doux qu’une brise d’été, lorsqu’elle traça le contour de sa bouche. Il tenait sa main et se mit à lécher un à un ses doigts fins et graciles.
Jane gémit, troublée par les battements des ailes de papillons dans son ventre. Il ouvrit les yeux et elle perçut son désir, sa soif et son besoin.
Clayton s’approcha d’elle, fit glisser une de ses mains le long de ses hanches et apprêtèrent ses fesses pour l‘attirer contre lui. Elle tressaillit quand il la colla contre lui.
Il se pencha vers elle, fixant ses lèvres. Jane se haussa sur la pointe des pieds et mit fin à la distance
qu’il maintenait entre eux. Elle lui donna un baiser aussi léger qu’une plume.
Clayton lui sourit.
  — J’ai peur de ne pouvoir me montrer aussi tendre que je le voudrais Jane.
  — Peu importe...  Ses mots furent noyés dans le baiser féroce qu’il lui prodigua. Il pénétra sa
bouche d’une langue avide et curieuse. Il souleva Jane avec une facilité qui surprit la jeune femme.
Jane était si absorbée par l’intensité de leur baiser, qu’elle ne se rendit même pas compte qu’il la soulevait. C’était la première fois qu’elle sentait son corps répondre instinctivement au touché d’un
homme. Et le fait qu’il soit défiguré n’avait aucun impact sur son désir. Ses lèvres étaient pleines et
douces, elle se sentait bien dans ses bras musclés.
Il la déposa sur le lit et s’allongea sur elle, continuant à explorer sa bouche et à caresser son corps.
  — J’aimais beaucoup cette robe.  Lui dit-il.
Jane comprit le sens de ses paroles lorsqu’elle vit une de ses griffes descendre entre ses seins et
s’arrêter au niveau de son nombril. D’un geste brusque, il déchira le tissu.
  — Tu es si belle...
Jane s’arqua contre sa bouche quand il parcourut le même chemin du bout de la langue. Il la léchait
comme si elle était la plus douce des friandises. Il s’acharna sur sa robe, la mettant en lambeaux et
l’observa de ses incroyables yeux bleus.
Jane serra instinctivement ses cuisses, elle était nue devant lui et tremblait d’excitation.
Il la caressa tendrement et elle finit par écarter les jambes.
Elle vit la façon dont sa poitrine gonfla lorsqu’il prit une profonde respiration. Elle était totalement
exposée à lui, entièrement offerte.
Elle ferma les yeux et serra les draps soyeux dans ses mains, s’attendant à sentir la douleur de la
pénétration. Au lieu de cela, Jane fut surprise de sentir un souffle chaud contre son sexe. Elle ouvrit
les yeux, curieuse de voir ce qu’il s’apprêtait à faire.
Une langue brûlante et humide lapa l’intérieur de ses cuisses et elle frémit. Ses yeux la scrutaient
alors qu’il goûtait l’endroit le plus intime de son être. Jane suivit le rythme qu’il instaura, montant
le pelvis à sa rencontre, lui donnant un meilleur accès à son sexe.
Clayton suça avec plaisir le petit bouton de chair tendu. Il pétrissait ses seins en même temps,
sachant à quel point les sensations devaient plaire à Jane. Elle commença à gémir, à onduler
gracieusement. Clayton la tint fermement pendant qu‘il léchait ses fluides avec avidité.
Sa verge douloureuse le pressait d’en finir avec les préliminaires alors qu’il voulait boire davantage
son précieux nectar. Il continua donc à la savourer, puis décida de l’explorer autrement. Aussitôt,
ses doigts se joignirent à sa bouche.
  — Jane... Je vais te pénétrer avec mes doigts... Pour te préparer à m’accueillir.  La prévint-il.
Jane ne trouva rien à lui dire, elle était absorbée par le plaisir intense qu’elle ressentait. Un doigt
curieux s’immisça en elle et il sentit son hymen du bout des doigts. Il suçota avidement son clitoris
et la pénétra d’un coup bref. Jane émit un cri déchirant.
  — Je m’excuse.  Ne put-il s’empêcher de dire, sans toutefois retirer son doigt. Au contraire, il
avança plus en avant, léchant le sang de sa virginité, redoublant ses assauts sur son clitoris. Pour
rien au monde il ne se serait arrêté. Il aimait beaucoup trop ce qu’il faisait. Clayton ne s’était jamais
autant régalé de sa vie.
Jane, quant à elle, n’en pouvait plus. Elle n’aurait jamais cru perdre sa virginité de cette manière,
mais ne s’en plaignait pas pour autant. Elle pressa la tête de Clayton contre elle, se sentant proche
de l’extase. Il accentua ses mouvements en elle, faisant entrer un autre doigt dans sa chair
frémissante. Les bruits de succions augmentèrent et Jane se mit à haleter. Elle explosa et se tordit de
plaisir.
Quand Clayton s’éloigna d’elle, elle ressentit comme un vide. Elle venait d’atteindre le summum du
plaisir, et pourtant, elle le désirait encore. Elle se redressa et capta son regard.
  — Je t’ai fait mal?
  — Non... Tu m’as fait un bien fou.
Ses yeux s’illuminèrent et il se pencha vers elle.
  — Je veux que tu saches à quel point tu es délicieuse.
Il l’embrassa et Jane sentit son goût dans la bouche de Clayton. Elle ne l’apprécia pas autant qu’il
l’avait fait, mais elle aima son abandon. Lui aussi se donnait à elle. Leur relation n’avait rien à voir
avec celle qu’auraient eu un client et une prostituée. Elle le caressa, passant les mains dans son
large dos et réalisa qu’il avait encore tous ses vêtements tandis qu’elle était complètement nue. Il
sembla se rendre compte lui aussi de ce problème et dut s’écarter d’elle pour le régler.
  — Jane...  Murmura-t-il en déboutonnant sa large chemise blanche.
  — Pourquoi prends-tu autant de temps alors que tu as déchiré ma robe?
  — Je... J’ai des cicatrices, mon corps n’est pas aussi beau qu’avant...
  —  Montre-moi.
Il ouvrit sa chemise et elle caressa les cicatrices qui jonchaient son torse dur et fort. Elle s’approcha
ensuite pour y déposer de doux baisers. Clayton ferma les yeux, la gorge nouée par l’émotion.
  — Jane, tu n’es pas obligée...
  —  Tais-toi.  Le coupa-t-elle.
Elle osa un geste que seul le désir pouvait lui dicter. Elle toucha la verge qui tendait le tissu de son
pantalon. Elle fut fascinée par sa longueur et sa rigidité et le caressa, de haut en bas, s’attardant sur
ses testicules. Clayton émit un grognement et finit par arracher ses vêtements. Jane éclata de rire, un
rire qui fut très vite étouffé par un baiser vorace. Jane gémit en sentant son sexe se presser contre le
sien. Elle brûlait de le sentir en elle, même si elle se demandait comment il ferait pour entrer.
Clayton s’agenouilla entre ses cuisses, levant ses fesses pour l’ouvrir davantage. Jane tentait
désespérément de contrôler les battements fous de son cœur. De par leur position, elle pouvait voir
tous les gestes qu’il faisait, et elle regarda, médusée, son gland humide de désir entrer en elle. Son
pouce faisait des merveilles avec son clitoris, lui envoyant des ondes d’un plaisir rassurant alors
qu’il la pénétrait lentement. Trop lentement à son goût.
  — Tu es si... étroite.  Dit-il avec une respiration sifflante.
Jane passa les jambes autour de ses reins et le pressa de la pénétrer plus profondément. Clayton
s’appuya sur ses avant-bras et lui donna un puissant coup de rein.
Ils crièrent en même temps. Il sortit presque entièrement puis revint brusquement, étirant les murs
de son être. Jane eut le souffle coupé lorsqu’il se mit à aller et venir, s’enfonçant de plus en plus
loin, de plus en plus vite.
Il caressait ses cuisses, comme pour essayer d’apaiser ses tourments. Clayton se sentait si bien,
certain d’avoir enfin trouvé le chemin vers le bonheur. Être hideux et difforme ne l’importait plus. Il
se moquait de retrouver son ancien corps, rien d’autre ne comptait plus que Jane. Son corps offert à
ses assauts sauvage, bougeant avec lui dans une danse primitive.
Il sentit son sexe se serrer autour du sien, elle laissa échapper un long gémissement de plaisir et
Clayton redoubla ses assauts, pressé de la rejoindre dans les affres du plaisir.
Jane le serra contre elle, ses doigts parcouraient tendrement les marques sur son dos. Elle était
remplie de lui, sa semence s’était incrustée dans son ventre, il la possédait toujours secoué par les
soubresauts de l’orgasme. Elle ferma les yeux, souhaitant ne jamais être séparée de lui.
Le sommeil finit par l’attraper et Clayton la contempla longuement avant de s’endormir
paisiblement à son tour.
  — Oh, mon Dieu!  
Clayton se réveilla en sursaut. Jane le regardait avec une expression affolée.
  — Que se passe-t-il?  S’enquit-il, craignant qu’il ne lui soit arrivé quelque chose.
D’une main tremblante, elle caressa sa joue, des larmes apparurent au bord de ses yeux.
  — Jane, que t’arrive-t-il?
  — Ça a fonctionné.
Comprenant soudainement ce que cela signifiait, il regarda ses mains. Les griffes avaient disparu,
ses paumes n’avaient plus l’aspect rugueux qu’elles avaient eu pendant dix ans. Sur son corps,
seules subsistaient les cicatrices des combats qu’il avait menés. Il toucha son visage pour
redécouvrir sa peau à nouveau lisse et nette.
  — Tu... Tu veux un miroir?
Jane rayonnait, son sourire l’émut et il eut du mal à déglutir.
  — Non.  Elle fronça les sourcils et il prit son visage entre les mains.
  — Je me moque de l’image que me renverra le miroir. C’est l’image que tu as de moi qui compte le
plus à mes yeux.
  — L’image que j’ai de toi?
Il hocha la tête, contemplant son reflet dans les yeux marron de Jane. Cherchant à voir ses
sentiments.
  — Clayton, tu es aussi magnifique qu’hier.  Elle caressa son visage et sa main descendit vers sa
poitrine.  Car c’est ton cœur qui te donne ta beauté.
Il l’embrassa sauvagement, s’abandonnant corps et âme à leur étreinte. Elle se sépara de lui pour
reprendre son souffle.
  — Que... Que comptes-tu faire de moi maintenant?  Lui demanda-t-elle. Il perçut sa tristesse et sa
crainte.
  —  Veux-tu rependre le chemin de la ville et travailler dans ce bordel?
Lui aussi appréhendait sa réponse. Il serait incapable de laisser un autre homme poser ses mains sur
elle.
  — Je dois rentrer.  Finit-elle par répondre.  Ma tante est malade et a besoin de mon aide. Lavinia,
mon amie, doit s’inquiéter pour moi, mais... Je ne veux pas qu’un autre homme me touche.
Elle se redressa, le repoussant légèrement.
  — Je comprendrais si tu veux que je ne revienne plus. Maintenant que tu es... libéré de ta
malédiction, tu voudras certainement d’autres...
Elle s’interrompit lorsqu’il posa ses lèvres au creux de son cou.
  — Jane, je ne veux personne d’autre que toi.
Elle soupira, soulagée de l’entendre dire ça.
  — Moi non plus, je ne veux personne d’autre que toi, Clayton.
  — Alors viens vivre ici, tu pourras emmener ta tante, ton amie, ta famille, qui tu voudras. Mais je te
veux toi, dans mes bras, toutes les nuits.
Jane sourit et déposa un rapide baiser sur sa bouche.
  — Je crois bien que je t’aime, Clayton.
  — C’est un sentiment réciproque, Jane.




Merci De Votre Lecture !


              

Commentaires (6)

Izabo
  • 1. Izabo | 05/12/2012
Coucou!
Juste pour te dire que j'ai beaucoup cette histoire. Oublié la Belle et la Bête de Disney, j'adhère complétement à ta version.
Bonne continuation.
Ines
  • 2. Ines | 28/08/2012
Je passes faire un tour sur l'histoire comme tu me l'as conseillé et je ne suis pas décue... J'adore l'intrigue et l'évolution de la fiction.
logi16
  • 3. logi16 | 24/08/2012
superbe histoire ,un peu à "la belle & la bête" mais un peu moins pur ,j'ai adoré!Tu as énorément de talent !
logi16
  • 4. logi16 | 24/08/2012
superbe histoire ,un peu à "la belle & la bête" mais un peu moins pur ,j'ai adoré!Tu as énorément de talent !
logi16
  • 5. logi16 | 24/08/2012
superbe histoire ,un peu à "la belle & la bête" mais un peu moins pur ,j'ai adoré!Tu as énorément de talent !
MissDolly
  • 6. MissDolly | 05/08/2012
Que j'aime cette histoire, façon belle et la bête, sensuelle et tendre, une très belle histoire !

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